- Lot 252

Lot n° 252
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Estimation :
30 - 60 EUR
- Lot 252
Jack BONFILS (1935-1992) Composition jaune et verte Gouache et encre sur papier d'Arches Monogrammée " AR " en bas au centre Dim. : 56 x 76 cm Biographie de l'artiste : Jack BONFILS (1935-1992), enfant unique d’une famille protestante de la petite bourgeoisie gardoise implantée à Nîmes depuis de longues années, montre assez tôt un vrai talent de peintre. Ses hésitations sont en phase avec les tendances artistiques de l’après-guerre, nées des ruptures nourries en Europe dans les années vingt. Encore jeune, il accumule une première moisson de créations solitaires. Dès cette époque, sa façon d’être singulière dévoile une vision très personnelle de la peinture, et cependant un besoin de coller aux multiples courants du siècle en mouvement. Avant tout, il cherche avec méthode, acharnement parfois, une voie personnelle, dans le silence et la retraite studieuse qui de plus en plus a occupé sa vie. La courte biographie qui lui a été consacrée il y a quelques années, après sa disparition, effleure la jeunesse de l'homme et les influences qui l'ont touché. Cette note du conservateur vient après le travail de préparation de l’exposition parisienne. Revoir de nombreuses toiles et dessins après quelques années d’éloignement du coeur de cette oeuvre ont provoqué une sorte de choc inattendu. Un accès en profondeur, un chemin différent de l’ancienne habitude, un moment intense pour revenir sur des impressions, un regard nouveau qui soudain dévoile d’autres aspects de l’authentique inspiration de Jack Bonfils aux divers moments de sa vie de créateur. Jack Bonfils était d'abord un désespéré, habitant une sorte d'absurde quotidien. J'ai cru longtemps que ce personnage absolument "camusien" ne laissait filtrer aucune marge d'espoir. Mais, à y revenir, ce n'est probablement pas si simple. Des souvenirs de discussion reviennent en mémoire. Une fois l’adulte stabilisé, les longs mois d’Algérie oubliés, l’échec relatif et consommé de la relation avec son maître BOURDIL, l'arrêt des contacts avec le petit groupe d'Aix-en-Provence, Jack est seul. Il va le rester jusqu’à sa mort en 1992. Envers et contre tous serions-nous tentés d’écrire. Son idée, qu’il ne pouvait dire, encore moins commenter, tournait autour de la réalisation d’une oeuvre, son apport dans la longue histoire de la peinture. Bien que silencieuse, son ambition était à ce niveau, un dessein de taille ! L’âpreté qu’il va mettre dans son travail quotidien pendant les dernières années de sa vie en témoigne. La solitude le rappelle constamment pour un travail en profondeur. Il est orgueilleux, ne craint pas les difficultés, sait qu’il a du talent. Il doit soumettre ses aspirations, travailler dur, choisir une voie, plonger, tracer, revenir, creuser, ne pas se retourner, n’attendre rien de personne, accumuler savoir-faire et créations. Pendant des mois il dessine et peint. Son idée de la peinture contemporaine, les traits, les formes et les couleurs sont d'une diversité infinie ; il ne parvient pas à épuiser cette infinitude qui le taraude et devient le moteur de sa création. Il poursuit dans cette voie, refusant totalement la démarche essentielle pour un jeune artiste : le faire-savoir. Pas question de montrer à qui que soit. Peindre coûte cher : peinture, pinceaux, toiles et cartons etc. et ses moyens limités. Qu'à cela ne tienne, il recycle, fait tourner les matières premières, repeint les anciennes toiles après avoir gratté ses premiers travaux, pas encore des essais. Il aime ce travail économique sur « palimpseste », il n’a que faire des travaux d'apprentissage., "sa patte" définitive est en gestation, il sera toujours temps de réaliser du définitif. Auparavant, de plus grands que lui ont emprunté le même chemin, gratté, détruit, rejeté et recommencé. L’enfance d’une oeuvre, qu’est-ce sinon un exercice répété de passion, de recherche, d’erreur, de minces trouvailles ? Il le disait à sa façon, toujours tristement mais nettement. Longtemps il se fige dans un silence total, mais il ne détruit plus, il accumule des toiles, dont beaucoup de très grandes, des dessins, des gouaches, des pastels (technique qu'i maîtrise totalement avec une sûreté admirable), des sculptures. Il ne montre toujours pas. L’oeuvre découverte peut attendre, ce n’est ni la question ni un modèle possible. Combien de temps dure ce temps de consécration dont nul ne sait rien, même ses plus proches ? La réponse en l’état n’existe pas et au fond importe peu. Ce qu'il peint et sculpte se prêterait à des réalisations publiques de grands formats ; il en fait des modèles réduits qui témoignent d’un véritable talent dans cette direction. Paul Beaulier Écrivain
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